Hier à la fête de la Saint-Jean, j’ai fait la rencontre d’un magnifique arbre. Sur sa partie extérieure, une majesté à couper le souffle. Ma fille me tire par la main pour me montrer l’envers du décor:
-tu sais maman il a été foudroyé !
Pourtant toujours debout et florissant, l’arbre est creux, noir et sombre à l’arrière. Une seule petite fenêtre permet de voir de l’autre côté et laisse la lumière pénétrer ce sombre havre.
Ma fille, voyant mon étonnement et peut-être aussi les millions de connections que j’étais en train de faire silencieusement dans ma tête, me dit joyeusement :
-les enfants de l’école ont l’aime bien, on peut s’y cacher et même si ça fait un peu peur de venir à l’arrière après on se se sent bien, protégé. Il est différent des autres arbres, on ne peut pas monter dessus, mais il n’y en a aucun autre qui permet de se cacher comme ça.
Je suis restée un long moment à admirer cet arbre, me demandant ce qui me touchait pareillement chez lui.

Était-ce le fait que sa souffrance soit exposée ? Qu’il soit différent ? Le tout ensemble?

Finalement en tournant autour dans le silence , les enfants jouant au loin , j’ai pu m’apercevoir de l’équilibre visuel que cela procurait. Oui, sa blessure était visible comparativement à d’autres arbres, comme une cicatrice sur un humain. Le Soleil se reflétant sur sa façade n’invitait pas à en faire le tour, mais juste à rester là, à regarder ce qu’il voulait montrer au monde. Sa part lumineuse, un masque si beau que l’observateur ébloui en restait immobile. Pourtant, derrière se trouvait un spectacle certes plus sombre et effrayant. Cette coquille calcinée qui juste caressé par le regard permettait de ressentir la violence de l’impact de la foudre. On pouvait même ressentir une pudeur, comme si le fait d’avoir cherché à voir derrière la façade était une violation de territoire intime.

L’équilibre de ces deux parties, visible de tous, voilà ce qui rendait cet arbre unique.
Je me suis dit que les humains devraient s’inspirer de cet arbre.

Assumez vos cicatrices visibles ou pas. Assumez cette part d’ombre en vous, car lorsque vous la rejetez elle prend en force et en ampleur tranquillement dans son rejet jusqu’à s’abattre à nouveau sur vous avec force. Allez à sa rencontre, incorporez là jusqu’à ce qu’elle devienne un atout. Peut-être ainsi pourrez-vous accueillir et protéger une ribambelle d’enfants en votre sein et les entendre rire au creux de votre être.

Photo couverture article by Bruno van der Kraan on Unsplash

%d blogueurs aiment cette page :